A Montmartre, « La vigne au vin »

 

 
19/03/2010

Nous avons pleinement profité de notre halte à la « Maison Rose » et laissons la rue de l ’Abreuvoir  couler  sur le flan de la butte pour rejoindre rue Lamarck Caulaincourt, le quartier des maquignons.

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  Nous avons tenu à rester fidèles à la rue des Saules, dont la paix et le charme rural ont su résister aux turpitudes de l ’urbanisation. L ’opiniâtreté manifestée par les habitants de la butte dans leurs actions d ’insoumission a marqué quelques points…

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Depuis le X siècle, Montmartre récolte ses vendanges sous l ’oeil vigilant d ’Adelaïde de Savoie, première abbesse à introduire  la vigne sur des terrains de la butte qui appartient en majorité au couvent.

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Après la Révolution, les « dames de Montmartre » se voient contraintes par des raisons financières de mettre leurs terrains en fermage ; elles obtiennent  toutefois la condition qu ’ils restent affectés aux vignobles (qui portent déjà les noms évocateurs de « Goutte d ’or » ou de  » Sauvageonne »).

Une longue tradition de tavernes et de guinguettes  prend alors paradoxalement   naissance sur ces anciennes « terres saintes »toujours situées hors de Paris, libres des droits d ’octroi.

Montmartre prend ainsi ce visage à deux profils qui étonne et en fait son charme discret,  où  piété d ’un côté, plaisirs de l ’autre se juxtaposent et se complètent.

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« O vin en vigne, joli gentil vin en vigne »

Arisitde Bruant, le « chanteur à la voix de manifestant »,  a élu domicile au 10 rue des Saules, en face d ’un terrain situé à l ’intersection  de la rue Saint-Vincent  qui fait la convoitise des promoteurs. L ’espace déjà dénudé est vulnérable.
9 juin 1920 :Pris par l ’urgence et ému par la menace qui pèse sur le caractère bucolique et  paisible de leur quartier, un groupe de Montmartrois soutenu par Poulbot et  avec l ’appui de Pierre Labric alors maire de la « Commune Libre, se mobilise.  En deux nuits, les insurgés  parviennent à implanter un jardin éphémère qu ’ils  baptisent « Square de la Liberté », et qu ’ils destinent aux enfants de la butte.

 

Ce n ’est qu ’en 1933 que Victor Perrot se voit attribuer l ’autorisation de planter quelques ceps de vigne sur ce terrain, échappé à l’emprise des promoteurs mais laissé vacant.
Les vignes ressuscitées  s ’étoffent d ’année en année, les vendanges qui ont lieu tous les ans en octobre, font l ’objet de réjouissances hautes en couleurs, le raisin est pressé dans les locaux de la mairie du XVII arrondissement.

Le « Clos de Montmartre » se vend en bouteilles d ’une capacité de cinquante centilitres pour un prix un peu dissuasif, mais dont les revenus sont, fidèles à une longue tradition montmartroise, reversés aux oeuvres sociales d ’associations du quartier.

Quand à Saint Vincent, le patron des vignerons, il est dignement fêté le 22 janvier, à Montmartre, plus que dans n ’importe quelle autre commune vinicole de France

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En face,  à l ’angle de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent, cette maison de poupée blottie ente acacias et jardin de curé s ’est maintenue contre vents des marées depuis 1785.

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 D ’abord simple cabaret, elle prend le nom de « Rendez-vous des Voleurs », puis d' »Auberge des Assassins », non par ce qu ’elle sert de repère aux truands, mais parce que les avis de recherche des criminels célèbres y sont placardés aux murs.

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1875 : Le caricaturiste André Gill entreprend de dessiner son enseigne censée représenter la spécialité culinaire de la maison :
Un lapin bondit d ’une casseroles brandissant « la dive bouteille ».

On s’empresse de modifier en conséquence le nom de l ’établissement qui devient le « Lapin à Gilles », puis se modifie au fil des années pour devenir le « Lapin agile »

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1886 : Adèle Decerf, (surnommé « la mère Adèle »), ancienne danseuse de French Cancan reprend l ’établissement. qu ’elle transforme en café restaurant concert. très fréquenté par  les chansonniers et artistes de l ’époque.

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1903 : « La mère Adèle » vient de revendre son café-concert à un certain Frédéric Girard. « Fréfré gratte la guitare, tandis que sa femme Berthe fabrique de reconstituants sandwichs pour empêcher les artistes débutants (Verlaine, Jean Rictus, Carco et Mac Orlan) de mourir de faim.
  A la veille de la première guerre mondiale, les promoteurs n ’ont pas lâché prise et menacent l ’existence de  la petite maison. Aristide Bruant,  fidèle habitué des lieux  qui a acquis argent et notoriété,  la rachète à « Fréfré » pour la revendre plus tard à son fils.

Depuis lors, le « Lapin Agile » réunit toujours les artistes débutants : Nougarot, Brassens et bien d ’autres

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« Dis Blaise, sommes-nous encore loin de Montmartre » ?
(Blaise Cendrars : La Prose du Transsibérien)

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« La baraque aux miracles » a résisté aux turpitudes des temps.

Nous reviendrons au « Lapin Agile » non pour y « pleurer notre jeunesse perdue », mais pour y célébrer jusqu ’à plus soif, les mots, les chansons, la musique…

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