L ’ autobus à galerie n ’était pas pour les chiens !

 

01/10/2009
Avenue de la République, un dimanche après-midi, un autobus au nez proéminent, dont le corps se termine par une galerie ouverte sur le monde… est stationné. Il est  échappé d ’une époque que peu d ’entre nous n ’a vue ni connue. Je crois rêver toute éveillée…

On s ’y tenait debout , un peu fous,  cheveux au vent ;   les perspectives de la ville nous paraissaient toutes nouvelles …  impression enivrante d ’exister au milieu de la circulation, sentiment d ’invulnérabilité… On se jouait des voitures qui s ’approchaient très prés.

Un receveur en uniforme bleu marine, cravate foncée et chemise bleu ciel, coiffé d ’une casquette, muni d ’une moulinette à tickets portée en musette, accueillait  les passagers. Ceux-ci s’empressaient de gagner la galerie puis l ’intérieur de bois de l ’autobus, dont les vitres vibraient de concert avec le moteur. Les sièges étaient de simples banquettes, parfois recouvertes d ’un vinyle brun

Les places étaient rigoureusement  limitées, et le receveur recensait à chaque instant le nombre de voyageurs  debout et assis. Parfois, s ’adressant à ceux qui,  au pied de l ’arrêt, attendaient en file indienne leur admission à bord, il annonçait d ’une voix forte et intelligible  : « plus que trois…deux… Voilà, c ’est tout, maintenant ! » D ’une main ferme,  il marquait une limite que personne ne serait risquée à resquiller,  puis raccrochait le cordon faisant  office de porte ; la galerie ouverte était l ’unique issue de l ’autobus.

Notre hôte à casquette bleu marine tirait alors un coup sec sur la poignée d ’une sonnette  reliée à l ’habitable du « chauffeur », isolé des voyageurs par une épaisse demie baie vitrée. « Ding » ! Le bus démarrait …


 Les nouveaux venus déroulaient leur carnet de tickets  en accordéon, dont ils détachaient soigneusement les unités requises. Les tickets  très étroits, étaient bicolores et filigranées du sigle de la RATP : jaune et blanc (tarifs réduits), ou mauve et blanc (tarif plein). Les mères de famille nombreuses présentaient   spontanément  leur « carte de réduction  famille nombreuse » (valable également sur les réseaux de chemins de fer) qui laissait  entrevoir d ’un rapide coup d ’oeil un pourcentage proportionnel à l ’ importance de leur progéniture, variant  de 30 à 75 °/°. la RATP accordait d’emblée aux « citoyens d ’honneur qui assuraient à la France  une abondante génération future »,  le bénéfice de 50°/° de réduction.

Chaque ligne d ’autobus comptait un certains nombre de « sections » qui correspondaient chacune à trois arrêts. Un ticket, une section, deux tickets, deux sections…On pouvait  utiliser jusqu ’à quatre tickets pour un long trajet.
Le receveur réglait sa moulinette avec un cliquetis, introduisait les titres de transport, donnait un énergique coup de manivelle et vous rendait avec la satisfaction de la tâche accomplie vos tickets oblitérés sans jamais manquer de vous en remercier. Puis il annonçait haut et fort le nom du prochain arrêt.

Les lettres en évidence à l ’avant du véhicule distinguaient chacune des lignes du réseau parisien d ’autobus, avant d ’être remplacées par des nombres. La destination figurait en toutes lettres sur le bandeau visible immédiatement au-dessus de la vitre avant de l ’habitacle. Les principales dessertes de la ligne étaient déjà à l ’époque indiquées en jaune sur fond rouge, sur des bandeaux  extérieurs latéraux


La provenance de l ’autobus figurait sur le bandeau arrière. Les flèches de direction indiquaient clairement un changement de voies. La lumière « stop » s ’éclairait à l ’arrêt. La vitesse autorisée était limitée à 70 km heure : belle largesse à Paris, particulièrement aux heures de pointe, même à l ’époque. Et  quand le bandeau « COMPLET » s ’allumait, l ’usager qui attendait en bas sur le trottoir, (les abri-bus n ’étaient pas nés) était parfois au désespoir.

Les enfants n ’étaient pas autorisés à bord avec leur « ballon rouge », et les chiens (exception faite des « microbes » qui se laissent enfermer dans un sac) ne le sont pas plus aujourd ’hui qu ’hier…

« COMPLET » ? Aujourd ’hui ? Mon oeil !

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