La Place du Tertre s ’est éveillée

 

 

 
08/03/2010

Le jour s ’est enfin levé sur la place du Tertre

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Les toiles sortent de terre et  apportent par touches colorées, de la vie, en contraste avec l ’opacité du ciel de janvier.

Les peintres prennent l ’un une pause, assis sur un trépied, l ’autre une nouveau souffle qui s ’engouffre dans un mouvement lyrique et définit en deux coups de cuillère à pot, le portrait d ’un « adopté »  de Montmartre, de passage  pour toujours.

Les riverains se calfeutrent derrière leurs rideaux pour s ’abriter des hordes de touristes.

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Les murs de la place sont tapissés de petits rappels historiques qui éclosent sous nos regards, tels des « post-it »

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Si ce peintre nous a fait savoir dans un français très chargé de tonalités lointaines qu ’il ne veut rien avoir à faire avec quelque  système électronique de captage de vie imaginé au monde, c ’est parce qu ’il tente de gagner la sienne pour de vrai, à sa façon à lui …ses doigts s ’engourdissent sous le gel qui ce matin craquait encore sur les pavés, mais que des pas par milliers ont fini par anéantir pour quelques heures.

 

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La bruine apparait.
Des parapluies géants s ’ouvrent pour protégerles ateliers de plein air .
Un confrère  du peintre introverti d ’Europe de l ’Est (ils se connaissent tous),
nous tient une bavette à l ’abri de son antre.  On se sent transportés sur une passerelle en suspension ; les époques se confondent.

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Chaudement calée entre  « le Cadet de Gascogne » et « la Mère Catherine »  une petite boutique dont l ’enseigne laisserait  espérer une retraite méritée au milieu de recueils de poésies et de pamphlets subversifs…regorge (à mon grand regret) de cartes postales, t. shirts, bibelots, peintures à gogo, mugs
et gadgets à volo.

 

Un coup d ’oeil au premier étage nous rassure toutefois sur l ’authenticité des lieux. La Commune Libre de Montmartre conçue un soir d ’hiver 1920 est justement commémorée.

Devant l ’âpreté de spéculations immobilières qui menacent l ’existence de certains terrains du vieux village depuis son annexion à Paris, un groupe de contestataires donne de la voix. Ces derniers s’emparent d ’un vaste terrain de jeux que doit écraser un pâté de logements sociaux construits à la va-vite, et le transforment en « jardin éphémère », C ’est dans ces circonstances que Poulbot et ses amis instituent La  République Libre de Montmartre.

Plus tard, ces philanthropes « antigrattecielistes » convaincus se voient accorder la permission d ’y planter de la vigne…Les vignes originelles des domaines des abbesses ayant disparu, anéanties à l ’aube du XX siècle par la Phylloxera et l ’urbanisation , ils ressuscitent ainsi les traditions millénaires vinicoles de Montmartre, pour notre agrément encore aujourd ’hui.

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En parcourant des yeux la façade du cabaret de « la Mère Catherine », nous faisons encore un saut dans le temps. Une petite note  anecdotique nous renvoie aux années 1814-15. Les Cosaques dans leur hâte d ’écraser Paris, faisant halte à l ’auberge, ponctuent leur commande d ’un « Bistro! » retentissant…
Quelques décennies auparavant, c ’était Danton qui en franchissait le seuil.

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« Pour la première fois, le 24 décembre 1898, une voiture à pétrole, pilotée par Louis RENAULT son constructeur, atteignit la Place du TERTRE marquant ainsi le départ de l ’industrie automobile FRANCAISE »

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Les farfelus « dadaïstes » de la Commune Libre du Vieux Montmartre ne demandent qu ’à s’emparer de chaque événement et ne manquent jamais de l ’accommoder à leur sauce. Ils imaginent ainsi,  d ’inscrire au nombre de leurs manifestations foisonneuses, une « course de lenteur de vieux tacots » qui gravissent encore chaque année les flancs de Montmartre, en cahotant, de la rue Lepic aux marches du Sacré Coeur

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