La rue Norvins à la rencontre du Sacré Coeur

 

 

01/03/2010

Séparés par la rue Saint-Rustique qui se faufile discrètement à la rencontre du Sacré Coeur,

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deux cabarets, fréquentés par les figures mythiques de Montmartre se font vis à vis. Monet, Silsley, Lautrec, van Gogh, Diaz, Picasso, Mac Orlan …

 A gauche, « la Bonne Franquette » est éclairée de tableaux lumineux qui évoquent les régions vinicoles de France ; à droite, « le Consulat », l ’une des plus anciennes maisons de Montmartre lui fait pendant.


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« Ambassade de Savoie », « Le Consulat »… Ces enseignes racontent l ’histoire, et évoquent Félix Desportes le premier maire de Montmartre.

Ce fils de négociant rouennais a suivi des études de droit et vient d ’épouser Victoire Berryer, une riche héritière. Issu de la bourgeoisie favorable à la Révolution, il s ’installe à Montmartre qui n ’est alors qu ’un village proche de Paris, afin de surveiller de près les événements. Trois enfants naissent de cette union ; il fait de la commune de 400 habitants, la marraine de sa dernière fille  » Flore-Pierrette de Montmartre », et parvient à assurer l ’ordre public dans le village,  malgré les tensions sociales.

Elu maire de Montmartre en 1790, il assume son mandat municipal pendant deux ans. Critiqué par les révolutionnaires les plus enragés pour la petite histoire, à cause de son  aventure extra conjugale avec l ’Abesse Marie-Louise de Montmorency-Laval, il prend appui de ses amis jacobins et accepte des missions diplomatiques en Suisse et en Allemangne. Récusé par les jacobins, il échappe de peu à la guillottine pendant la Terreur grâce à la bienveillance de son geôlier auquel il avait rendu antérieurement service.
1794  « 9 Thermidor An II »  : libéré, il est de nouveau envoyé comme diplomate, sous le Directoire pour négocier de nouveaux traités d ’alliance avec la Bavière et la Sardaigne contre l ’Autriche. L ’ébauche de la cession par la Sardaigne de la Savoie et de Nice à la France sera ratifiée  par le traité de Plombières signé en 1858 par
Napoléon III

1799- 1804 il se met au service du premier consul Napoléon Bonaparte et choisit les hommes qui serviront l ’administration du Consulat et reste dans le cercle rapprochés de Lucien Bonaparte frère de Bonaparte, ministre de l ’intérieur. Nommé baron d ’Empire, il participe à la défense de Paris en mars 1814. Son amitié pour Napoléon lui vaut l ’inimitié des partisans de Louis XVIII. Il s ’exile un moment.

Resté partisan de la cause bonapartiste, il termine sa vie à Paris  et meurt rue Lafitte (1849). Félix Desportes repose au cimetière du Calvaire à Montmartre, commune dont il a été le premier maire.

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A « l ’Ambassade de Savoie » règne depuis lors un climat bien peu protocolaire :  la chère  y  est bonne, et les murs rappellent la présence de Maurice Utrillo qui l ’a immortalisé sur une toile.
Maurcie Utrillo seul natif de Montmartre parmi ses amis les peintres…
Né de père inconnu (on chuchotte le nom de Toulouse Lautrec), rue du Poteau au pied de la butte sa mère n ’est autre que Suzanne Valadon…

C ’est  Miguel Utrillo, l ’amant catalan de la « femme libre » qui décide de reconnaître ce « fils » doté de dispositions précoces pour le maniement des pinceaux et de lui concéder son patronyme.
Suzanne Valadon confie l ’éducation de son fils à Degas qui les enseigne quelques rudiments des Beaux Arts. Commence pour le jeune Maurice une vie partagée entre la palette et l ’alcool, entre l ’amitié et le désespoir, double sceau d ’une certaine « génération perdue » qui a laissé des traces.

Utrillo, fils du peuple, enfant du village, élevé,  « perdu » et retrouvé à Montmartre …

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A l ’angle de la rue Poulbot, le » Tire Bouchon » de Montmartre (à ne pas confondre avec son homonyme du quartier du Sentier)
dirigé par les duettistes Valbert et Karembrun, était dans les années soixante l ’endroit où venaient terminer la soirée les artistes « rive-gauche » des années 1960, là où Brassens, Brel et Mouloudji firent leurs débuts.

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A la mort de Valbert au milieu des années 1970,  le cabaret est vendu
et transformé en crêperie.

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Une flèche indique la direction d ’un espace entièrement dédié à Dali et à ses sculptures, au fond de la rue Poulbot.

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L ’ancien et le moderne cohabitent et se fondent désormais

Ici une petite porte s ’ouvre toute grande. Aux étages les fenêtres s ’éclairent une à une et s ’éteignent l ’une après l ’autre.. La gouaille des propos, quelques souffles de vie authentique  parviennent toujours à percer le voile de perfection  et de rentabilité que l ’époque contemporaine impose.

 Un artiste de la place du Tertre cramponné à son téléphone portable, raconte sa vie : la soirée n ’a pas été fructueuse. Des fragments de désarroi s ’échappent de la silhouette et résonnent sur les pavés. Je redescends de mon nuage….

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Impasse du Tertre qui ne mène nul part. Les Poulbots  dorment depuis longtemps, et on se prend  à déplorer l ’étalage industriel des reproductions de peintures à la chaîne et autres artefacts, « made in China », qui font retentir de concert les caisses enregistreuses.

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Mais il gèle en ce soir de janvier et Montmartre, boudé  par les touristes, est à nous.

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