Les petites maisons : la Villa Daviel -28/08/2011

 

 

Il était une fois un village presque semblable à beaucoup d ’autres, où les troquets « de l ’Amitié », calfeutrées entre deux ateliers étaient le refuge d ’ initiés, affairés devant des jeux de cartes, entourés d ’effluves capiteux de bouquets d ’alcools  et de volutes de fumées céruléennes.

A la faveur d ’une révolution silencieuse menée par d ’habiles spéculateurs, les anciens lieux de rencontre, où se renouvelaient chaque jour les voeux de fraternité se sont éclairés,  transfigurés…

Avec le temps, ces sanctuaires se démocratisent en ouvrant toutes grandes leurs portes, devenues méconnaissables sous leurs nouvelles peintures, à des  usurpateurs exogènes très « branchés » en quête de soirées exotiques.

Il en est de même en ce qui concerne d ’ anciennes petites voies du voisinage,  généreusement concédées aux classes laborieuses, au cours des deux premières décennies du XX siècle, lesquelles étaient autorisées à y établir domicile pour poser leur besaces le soir venu, et savourer paisiblement une soupe mitonnée par une femme méritante, génitrice de leur nombreuse progéniture.

On produisait ; ils remplissaient leur devoir patriotique : l ’avenir du pays était assuré.

 

 

 

Villa Daviel

 

Un toit, un étage, trois fenêtres, une porte, un jardinet : le bonheur est distribué par parcelle.

La villa Daviel est un discret appendice de la rue éponyme sur laquelle s ’ accroche « la Petite Alsace ». Les deux lotissements locatifs conçus en 1911 par l ’architecte Jean Walter étaient destinés à loger les familles nombreuses.

Arrivent les années soixante : l ’industrie s ’essoufle, les produits ne trouvent plus preneurs. Les « sociétés en pleine expansion » implosent. Les quartiers ouvriers s ’étiolent. Les carrosses rouillent, les citrouilles pourrissent sur place, les cochers redeviennent souris poursuivis par de faméliques chats errants. Le chômage devient rampant.

Les résidents contraints d ’abandonner leurs pénates, leurs voisins et amis,  laissent derrière eux les souvenirs d ’une époque révolue, pour s ’en aller peupler de gigantesques ghettos de béton, ou dans le meilleur des cas des cités pavillonnaires perdues en périphéries proches et lointaines de Paris.

Villa Daviel 2

 

La petite rue retranchée, où les mères assises sur une chaise de paille accolée au mur,  attendent le retour échelonné de la maisonnée, au crépuscule tout en se prêtaient de bon  coeur à  des échanges de voisinage, où les enfants revenus de l ’école se retrouvent pour se livrer sur le pavé à des parties de ballons parfois malencontreux, en attendant le souper , s ’est tue.

Désertés  les lotissements ont été revendus lot par lot à une clientèle très huppée dont les membres se confédèrent dans une réclusion  protégé du monde.

 

 

 

Villa Daviel - entrée maison fleurie

 

Nées d ’un rêve de capitalisme idéal, où l ’éveil de préoccupations sociales en faveur des travailleurs méritants devait favoriser la productivité, les petites maisons de la Villa Daviel sont maintenant propriétés très privées et leur intimité exclusivement préservée.

 

 

 

 

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