Madame Arthur fit parler d ’elle…

 

 

26/01/2010
Madame Arthur est une création de Paul de Kock, romancier et auteur de vaudevilles vers 1850. La chanson, fait partie d ’un recueil « Bulles de Savon (1890).

 

Madame Arthur brillait de ses charmes dans le voisinage de Notre-Dame de Lorette …

 

La chanteuse Yvette Guilbert a vent de ses frasques. Elle met son portrait en musique et l ’interprète avec gouaille, en toussotant pour couvrir certains mots « peu convenables ».

 

 

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D ’origine normande, née rue du Temple à Paris, Emma Guilbert (dite Yvette) manifeste très tôt des dons d ’imitatrice que son père préfère ignorer. Emma se contente d ’aider sa mère dans ses travaux de couture, tandis que le père goûte aux plaisirs de la vie parisienne.

Dès  l ’âge de seize ans elle occupe des emplois successifs (chez le couturier Hentennart rue du Quatre septembre, puis comme vendeuse au magasin du Printemps) qui ne la passionnent guère,  avant de croiser par hasard, dans une rue
Charles Zidler, le fondateur du Moulin Rouge.

Elle parvient à s ’y faire engager comme comédienne : sa voix est frêle, mais compensée par une excellente diction.
Elle envisage bientôt s ’orienter vers la chanson
mais éprouve beaucoup de difficultés à s ’imposer : son genre n ’est pas à la mode,
on lui prédit qu ’elle n ’aura jamais de succès

Elle s ’exile en Belgique en 1890 ; sa chanson « La Pocharde » lui apporte une petite
notoriété.

De retour en France, une année plus tard, elle s ’inspire du style d ’Aristide Bruant, rencontre le chroniqueur de triste réputation Jean Lorrain et  parvient à imposer son personnage (chevelure rousse, robe verte et longs gants noirs). Elle propose à Gaston Müssleck, directeur du « Concert parisien » au bord de la faillite, de se produire elle-même : le succès est immédiat !


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Et Toulouse-Lautrec de s ’écrier « Petit monstre, mais vous avez fait une horreur » !

Yvette Guilbert s ’entoure bientôt d ’une renommée mondiale. Elle tourne en Angleterre, en Allemagne, et au Carnegie Hall à New-York.

En 1934, Yvette Guilbert enregistre ses plus grands succès, accompagnée au piano par Irène Aïtoff, dont « Madame Arthur » dans la pure tradition des cafés concerts.

 

 

Madame Arthur est une femme
Qui fit parler, parler, parler, parler d ’elle longtemps,
Sans journaux, sans rien, sans réclame
Elle eut une foule d ’amants,
Chacun voulait être aimé d ’elle,
Chacun la courtisait, pourquoi ?
C ’est que sans être vraiment belle,
Elle avait un je ne sais quoi !
Madame Arthur est une femme
Qui fit parler, parler, parler, parler d ’elle longtemps,
Sans journaux, sans rien, sans réclame
Elle eut une foule d ’amants,
Madame Arthur est une femme
Qui fit parler d ’elle longtemps.

Sa taille était très  ordinaire,
Ses yeux petits [ter] mais sémillants,
Son nez retroussé, sa voix claire,
Ses pieds cambrés et frétillants
Bref, en regardant sa figure,
Rien ne vous donnait de l ’émoi ;
Mais par derrière sa tournure
Promettait un je ne sais quoi !

Madame Arthur est une femme
Qui fit parler, parler, parler, parler d ’elle longtemps,
Sans journaux, sans rien, sans réclame
Elle eut une foule d ’amants,
Madame Arthur est une femme
Qui fit parler d ’elle longtemps.

Ses amants lui restaient fidèles,
C ’est elle qui les renvoyait
Elle aimait les ardeurs nouvelles,
Un vieil amour lui déplaisait
Et chacun, le chagrin dans l ’âme,
De son coeur n ’ayant plus l’emploi,
Disait : hélas ! une autre femme
N ’aura pas son je ne sais quoi !
Il fallait la voir à la danse ;
Son entrain était sans égal
Par ses mouvements, sa prestance,
Elle était la Reine du bal
Au cavalier lui faisant face
Son pied touchait le nez, ma foi,
Chacun applaudissait sa grâce
Et surtout son je ne sais quoi !

De quoi donc vivait cette dame ?
Montrant un grand train de maison,
Courant au vaudeville, au drame,
Rien qu ’à l ’avant-scène dit-on
Elle voyait pour l ’ordinaire
Venir son terme sans effroi,
Car alors son propriétaire
Admirait son je ne sais quoi !

Oh ! femme qui cherchez à faire
Des conquêtes matin et soir,
En vain vous passez pour vous plaire
Des heures à votre miroir,
Élégance, grâce mutine,
Regard, soupir de bon aloi,
Velours, parfums et crinoline,
Rien ne vaut un je ne sais quoi

 


Vers les années 1910, YvetteGuilbert s ’assagit et se crée un répertoire plus « littéraire » (reprise de chansons du Moyen Age, textes poétiques mis en musique). Elle remporte un franc succès international.

Gravement malade, elle s ’éteint à l ’hôtel Nègre Coste, cours Mirabeau à Aix en Provence en 1944.
Elle repose au cimetière du Père Lachaise.

En 1955, dans une séquence du film  « French Cancan » réalisé par Jean Renoir,  Patachou reprend « Madame Arthur »

 

 

 

 

 

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