Paris-Rive Gauche » : »Les Frigos » : la tour prend garde ! -28/03/2011

 

 

Aucun butoir n ’est parvenu à brider notre envie de percer à jour, coûte que coûte, l ’apparente désinvolture qui s ’est emparée du prestigieux édifice. L ’enceinte indubitablement détournée de ses affectations originelles s ’est transformée un terrain de jeux où se donnent libre cours rencontres amicales et expériences artistiques

Façade et chateau d'eau des Frigos à travers le lierre

Après l ’avoir au trois-quart circonscrit, nous avons retrouvé, embusqué derrière un mur de lierre de la rue Primo Levi, « le château abandonné », flanqué de sa tour. Etrangement, sa toiture d ’ardoises parait impeccable et  tranche de façon paradoxale avec l ’état d ’abandon qui l ’entoure.

 

Série de fenêtres de la Tout prend garde - Les Frigos

Les orifices de la tour sont  gardés par de rébarbatifs cerbères. Un filet  qui protège l ’invincible forteresse de béton armé nous sépare, providentiellement, semble-t-il.

 

 

Graphs façade rue des Frigos

De fantasmagorique créatures jaillissent de la façade ; elles  semblent désormais avoir élu domicile dans les sinuosités des parois dont la couleur est uniforme et indicible ; murs  tristes, pisseux et fissurés auxquels elles restituent vie sous des  formes inattendues.

D ’une cavité, surgissent les dents aiguisées d ’une mâchoire protubérante, derrière laquelle se dressent des traits  puissants et redoutables  : l ’ogre qu ’on avait relégué dans le tréfonds de nos fantasmes ancestraux, bondit de son territoire qui parait une prison, comme un diable d ’une boite. A ses côtés, de douces créatures protégées des avanies du monde par l ’Amour se tiennent prudemment à l ’écart tandis que tourbillonnent au hasard, des figures oniriques.

 

 

 

Façade principale des Frigos avec banderole - rue Primo Le

Flanqué d ’un château d ’eau, le « château abandonné » fut conçu aux lendemains de la première guerre mondiale ,  pour servir d ’entrepôt frigorifique aux produits frais, destinés à alimenter le « ventre de Paris ». Son emplacement, au « Quatre-Vingt-Onze, quai de la Gare », au pied des Grands Moulins, sur la rive de la Seine opposée aux entrepôts de Bercy (où reposaient les vins), semblait tout indiqué.

La marchandise étaient convoyée au-delà des portails métalliques par des wagonnets qui s ’engouffraient dans les vastes hangars. Des rails fixés aux plafonds permettaient de relayer le transport des charges qui étaient stockées dans des chambres froides. A partir des années 1970, les Halles déménagèrent pour s ’établir à Rungis ; le vas et viens des wagonnets cessa . « Les Frigots » fermèrent leur sportes et s ’étiolèrent.

Devant l ’émergence des grands projets qui visaient à remplacer l ’obsolète par du neuf, les Frigos dont la raison d ’être  ne se justifiait plus, allaient-ils disparaître ?

 

Graf main, cour des Frigos

1985 : des artistes occupent les lieux ; ils apprécient la protection phonique et thermique offerte par les murs épais de la bâtisse, et s ’insurgent contre l ’idée de la voir tomber sous les coups des bulldozer . Ils demandent à la SNCF, propriétaire des lieux depuis 1945, l ’autorisation officielle d ’y élire domicile et de  réaménager l ’espace en ateliers, en salles de répétition, en studios de musique… moyenant rétribution d ’un loyer.

Sous la presssion d ’associations locales, l ’affaire est conclue.

 

Façade des Frigos 2

 

Les locataires, entrepreneurs et artistes confondus  retroussent leurs manches et brassent un travail considérable : aduction d ’eau, aménagement de sanitaires, pose de cloisons, ouvertures de fenêtres dans les façades aveugles, nivellement des sols.

 

 

 

Cours des Frigos plantées de vert

 

« Les Frigos » abritent  désormais une communauté de créateurs, réunis dans la convivialité chaleureuse de son enceinte.

« Les Frigos » revivent,  mais leur histoire ne s ’arrête peut-être pas là…

 

 

 

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