Pistol envoûté (livre de bord)

 

Depuis quelques semaines, un mal mystérieux a pris contrôle de ma personne corps et âme. Cela fait un temps immémorable que trop concentré à monter la garde contre les effets insidieux   et grandissant d ’un ennemi caché qui se refuse à décliner son identité, je boude les plaisirs de la gamelle.  Je lèche,  je mords mes extrémités ;  je gratte furieusement mon devant et mes flancs à feu et à sang, nuit et jours.    Je maigris à vue d ’oeil et l ’épuisement me gagne jour après jour. Mon petit ventre bistré a perdu son duvet, mes pattes prennent un aspect mité. Je deviens frileux.  « Elle » m ’entoure de sollicitude. Son silence ne me rassure pas beaucoup. Zelda l ’interroge. Elle voudrait bien être juste un petit peu malade, elle aussi. Zelda réalise très bien le désarroi dans lequel l ’Ennemi a plongé toute la maisonnée. Elle n ’est pas très rassurée. Elle réclame beaucoup de câlins, ne mange pas beaucoup…

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J ’ignore ce que j ’ai pu commettre de répréhensible pour nous attirer le mauvais oeil.

Tout a commencé au début de l ’automne, et malgré les soins et précautions d ’usage,  la situation est allée en s ’aggravant. Il m ’ a fallu me résoudre à exhiber mes misères au docteur Citron (ex Prix Orange). J ’ai même fait preuve d ’une  bonne volonté extrême en acceptant humblement de montrer mon ventre, cet endroit sensible entre tous, cette partie de moi-même douce, chaude, soyeuse, vulnérable et si secrète  qu ’il n ’est réservé en principe qu ’à mon intimité la plus stricte : en un mot, j ’avais placé toute ma confiance en cette interlocutrice de la dernière chance qui n ’a accueilli ma détresse que par un bref   « réaction allergique aux piqûres de puces » . Verdict  cassant et sans appel. Les questionnements n ’ont obtenu que des réponses évasives, haussements d ’épaules, coups d ’yeux  jetés comme des missiles meurtriers vers le plafond très bas du tout  petit cabinet.
Véto Citron nous a prestement dirigés vers la porte de sortie tout en chargeant  la maîtresse abasourdie (et trahie), de boites, flacons et sachets de croquettes hypoallergéniques : un traitement « bateau » présumé d ’une efficacité à toute épreuve,  à base  de crème à la cortisone et d ’antibiotiques. Elle n ’a pas paru souhaiter nous revoir de si tôt, son regard noir nous l ’a clairement fait comprendre.

Nous avons tenté de vérifier ses dires ; tout retourné, tout passé au peigne fin, dans l ’espoir de découvrir quelques certitudes, mais n ’avons trouvé aucune trace présente ou passé de l ’ennemi héréditaire.. Il ne peut  donc s ’agir que d ’une puissance Extraterritoriale malfaisante dont nous ne connaissons encore ni les revendications ni la magnitude…

  En tout état de cause,  nous nous sommes consciencieusement acquittés de notre devoir et avons suivi à la lettre les instructions de la grande Prêtresse .. Allions-nous entrevoir la lumière au bout du tunnel ?
Arrive le  Jour 10, date présumée de la Délivrance ! … A notre grande consternation le Mal reprend avec des forces décuplées. Que faire, vers qui se tourner ?

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« Elle » profite d ’un rendez-vous planifié à l ’avance, avec le bon Docteur Miracle qui m ’a tiré d ’affaire quand mes disques cervicaux m ’ont trahi, me privant momentanément d ’une partie de mes facultés. Le Docteur Miracle s ’émeut de mon corps amaigri et couvert de plaies. Il ne connaît rien des ennemis invisibles, et n ’a jamais eu à faire à une telle situation d ’envoûtement. Il souhaite néanmoins nous aider et nous prescrit aimablement une traitement  qui porte le nom sympathique de.. Cynepathique   (Les pilules accordent un répit bienfaisant), une pommade à appliquer deux fois par semaine, et un shampoing pour peau sensible, afin de solidifier mon armure…  louables intentions, mais autant de séances de tortures : le mal décuple,immédiatement , et vicieusement ! Il se bat comme un diable. LE DIABLE … !

 La maîtresse appelle au secours : « il lui faut être patiente », lui répond-on, « le traitement peut prendre un certain temps avant d ’agir ». On nous  conseille tantôt quelques pincées de sel  sur la queue, tandôt quelques noix de poudre de Perlinpinpin, sur le bout des oreilles et des pattes  toutes les deux heures et demie…pourquoi ne pas essayer un shampoing X (par moins dix degrés dehors ! …). Nous nous prenons à suspecter un complot. La paranoïa nous guette ; serions-nous blacklistés par la confrérie des vétos ?

« Elle » tourbillonne partout, nettoie, lessive, désinfecte, caresse. Arrive la nuit, la machine infernale ne désarme pas…Les heures, les minutes s ’étirent avec une lenteur désespérante. Elles sont pâles comme la mort, mouvementées, agitées. tourmentées. Je lèche, je mords, j ’ai soif, je bois trop d ’eau à la fois, je vomis,. Elle va et vient, s ’affaire,  prend le pouls du soldat blessé et gémissant. Mon flaire m ’indique infailliblement qu ’elle est très inquiète ; je lis un profond désarroi dans ses pensées.

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Je m ’affaiblis de jour en jour, ne parviens plus à me lever…Je me laisse tout doucement  « partir » entre les « crises », ces matches au cours desquels je tente, sans ménager mes dernière forces,  avec l ’énergie du désespoir de chasser le Mal hors des murs.

 

Mais le Mal est là; il s ’incruste et ne semble pas décidé à lâcher prise !
De temps à autre,  « Elle » s ’isole dans la salle de bain. (je sais qu ’elle pleure).
 Profitant des moments d ’accalmie, je me prends à me rémémorer les temps heureux de nos voyages, la complicité de nos découvertes, les moments forts de nos balades parisiennes.

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Aujourd ’hui, j ’ai  même perdu le goût de mes sorties hygiéniques ; elles m ’apparaissent maintenant comme des épreuves insurmontables. Je fais figure de boulet traînant derrière « Elle ». Je me poste, m ’exécute, « Elle » fait disparaître les traces de mon passage esquivé; et je compte les pas qui me permettront de retrouver la réconfortante  tiédeur de ma couche.

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Maîtresse a passé beaucoup de temps en recherches  sur le net : elle est allée sur les forums, a rencontré
Anne et Cat.
Elle lui a raconté nos malheurs.  La correspondante a montré des grandes qualités d ’écoute, de générosité et de gentillesse. Elle a recueilli nos confidences et nous a indiqué l ’ adresse précieuse d ’un spécialiste en dermatologie canine. Nous sommes enfin parvenus à pousser une porte… qui s ’est ouverte.
L ’identité du Mal se décline  : dermatite atopique compliquée de pyodermite – grosse suspicion de gale sarcoptique (Tiens, comment et où avons-nous ramassé cela ?). Un traitement nous est precrit . Il ne nous reste plus qu ’à suivre les pointillés… piqûres, bains bi hebdomadaires…petits cachets d ’antihistamine.. rose vif. C ’est tout beau, c ’est tout bon : c ’est pour moi !

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Je ne fais jamais rien à moitié !

 

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