Quelques résidents du cimetière de Montmartre

 

 

 

13/12/2009

Parcours  non fléché d ’une « chasse aux trésors » au cimetière de Montmartre où chaque promeneur s ’attribue, à la faveur de ses découvertes, une victoire personnelle.
Les sites « officiels » les recensent  toutes, parfaitement,  sans bévues, et sans laisser de coquilles ou autre trace de  passage.


Les béotiens, se laissent seulement guider par leurs pas, selon un itinéraire qui n ’a pas été tracé pour eux, mais qu ’ils inventent, au gré de leurs envies. Les trouvailles ont déjà été répertoriées, et  depuis belle lurette, photographiées sous tous les angles par des « professionnels » rémunérés pour leur services.

 Ils s ’étonneraient presque, à la rencontre d ’une pleureuse.


Entièrement nue, elle s ’enfouie pudiquement sous les voiles de son chagrin ; le tout d ’une blancheur dont seules les parties saillantes ont bénéficié d ’un  noble patiné acquis à la faveur du  temps. Elle parvient du bout des doigts  qui prolongent  sa main négligemment abandonnée  à retenir une couronne, promesse de vie éternelle.

Elle pleure…Henry Meillac (1831-1897), bon vivant en son temps, illustrateur dans Le Journal pour Rire (sous le pseudonyme de Thalin) dans les années 1850, et… grand amateur de champagne.

En collaboration avec  Ludovic Halévy,  il produisit des livrets  pour Jacques Offenbach (« La vie parisienne, « La Belle Hélène »),et  pour Bizet (« Carmen »), pour ne citer que quelques noms. Il encouragea les débuts d ’un certain Georges Feydeau et finit ses jours à l ’Académie française où il prit le siège de Labiche…lequel repose dans une allée voisine.

« C ’était une bonne chose que cette habitude ancienne de transmission des portraits de famille. Les morts n ’étaient enterrés que jusqu ’à la ceinture »

Une jolie femme  venue d ’ailleurs, assise  dans une gracieuse posture, veille tendrement  sur Gustave Guillaumet . Je me souviens à l ’instant  avoir regardé son « Sahara » au musée d ’Orsay.

Lauréat d ’un Prix de Rome, il passa une partie importante en Algérie où il chérissait la lumière et l ’atmosphère particulières qui y régnaient ; il  laissa également un témoignage écrit de ses impressions sur les conditions de vie misérables des autochtones

Sous la lyre repose Théophile Gauthier : il a mené toutes les grandes batailles romantiques aux côtés de Victor Hugo tout en en dénonçant les excès littéraires.
 
Des voyages en Espagne, en Algérie, en Italie, en Egypte, en Russie nourrirent son oeuvre littéraire.


 Gauthier amateur de sensations est l ’un des premiers à fréquenter le Club des Haschichins nouvellement crée par le Docteur Jacques-Joseph Moreau qui vient de découvrir en Orient le chanvre Indien (qui n ’est autre que le cannabis), ce psychiatre cherchant à retracer les origines de la folie qu ’il apparente au rêve.
Baudelaire rejoint le club et dédie à Gauthier ses « Fleurs du Mal »

Un voyageur certes, (de nombreux séjours en Italie  lui permettent d ’admirer les grands peintres classiques, Botticelli comme Raphaël) mais qui préférait Paris plus que tout… Et plus particulièrement Montmartre qu ’il n ’a plus quitté depuis lors.


Né dans une famille de bourgeoisie aisée (des banquiers) il repose dans le caveau familial.. Célibataire endurci, il  ne fréquente que ses pairs et se lie d ’amitié avec Edouard Manet. Rigueur morale et délicatesse de sentiments sont des qualités qui lui permettent, dit-on, de faire pardonner sa misanthropie, son antisémitisme et ses boutades notoires..


On remarque à peine la sépulture du Maréchal Jean Lannes. Héros des campagnes de Napoléon-Bonaparte

  •  en Italie (blessé à la bataille d ’Arcole en 1796)
  •     en Egypte 1798 (blessé à Saint-Jean d ’Acre),
  •  seconde campagne d ’Italie (Montebello en 1800 et Marengo en 1804),
  •  campagne d ’Autriche en 1805, (Victoire d ’Austerlitz, en Tchéquie),
  •  de Prusse en 1806 (Victoire d ’Iéna en Allemagne)
  •   de Pologne (victoire de Friedland contre les russes en 1807).

En 1808, victorieux en Espagne  de la victoire de Tuleda et dirige le siège de Saragosse et reçoit des mains de Bonaparte le titre de duc de Montebello.


Le temps parvient-il à effacer les noms les plus illustres ? Il est permis d ’en douter. Décédé à l ’âge de 40 ans d ’une gangrène consécutive à une blessure reçue lors de la bataille d ’Essling (Asperm) contre l ’Autriche, son corps est inhumé aux Invalides avant d ’être transporté au Panthéon.

Mais ici dans la chapelle familiale de son beau-frère Charles de Guéhéneuc,  repose le coeur de Jean Lannes

Petite nièce du dernier roi de Pologne, Stanislas Poniatowski, Marie Potocka fait état, dans ses « Mémoires », de son patriotisme forcenée et de son vif désir de voir la Pologne revivre de ses cendres ; elle évoque en filigrane son admiration un peu amoureuse pour Napoléon Bonaparte


Coup de « chapeau de paille d ’Italie » à  ce joyeux académicien , père des Vaudevilles. Labiche s ’amusa sa vie durant s ’amusa à dépeindre les aspects  ridicules, l ’infatuation de la toute puissance de l ’argent d ’une  classe sociale emblématique de l ’époque du second Empire, à laquelle il appartenait.

Le soutien de son cousin Eugène Scribe n ’a-il pas été étranger à la rapidité de son succès ? Un succès que certains attribueraient plutôt aux collaborateurs dont Labiche s ’entoure.

Victor Hugo et bien d ’autres s ’offusquent de « l ’invasion des genres inférieurs » aux fauteuils de l ’Académie française


Nous allons gagner la sortie, mais avons oublié quelqu ’un …

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