Surprises en série chez Pistol

 

 

On nous l ’a confiée pour quelques jours, le temps que puisse être procédé à son transfert dans un refuge prévu pour elle à une centaine de kilomètres de Paris. La SNCF  en grève, son transport n ’était pas envisageable dans l ’immédiat. Elle errait désemparée et vulnérable. On venait de prêcher des convaincus : comment pouvions-nous rester sourds à cet appel ?

 

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 Elle avait été aperçue à plusieurs reprises, toujours aux mêmes endroits. Une discrète enquête de voisinage révéla bientôt que cette  jolie chatte tricolore au beau panache gris avait jusqu ’à date récente, adouci les vieux jours d ’une habitante de la rue des Couronnes, à deux pas de chez nous. Lorsque celle-ci quitta la terre pour d ’autres cieux,  ses légataires  dans leur empressement de cueillir l ’héritage de leur parente, ne prirent pas la peine d ’envisager l ’avenir de sa fidèle compagne, qu ’ils congédièrent sans ménagement.

 

 

 

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Du jour au lendamain privée de toit , de nourriture et de l ’affection qu ’elle tenait pour éternelle, la Belle Etrangère arpentait désespérément les rebords de ces fenêtres qu ’elle connaissait pourtant bien, et  sur lesquels elle avait l ’habitude autrefois de se poser pour goûter aux rayons du soleil. Saisie de désarroi, elle se lamentait sans fin devant la porte de son domaine qui  ne s ’ouvrait plus à elle, et s ’étonnait de ce que les persiennes lui restent désormais obstinément closes. Repérée par une entité, bénévole et bienveillante, elle ne sut résister à l ’appel d ’une boite placée dans le recoin d ’un abri douillet, qui contenait un met dont l ’odeur exquise la transporta dans le temps.

 

A son arrivée chez nous, elle ne prit pas la peine de nous saluer mais  jaillit de son panier pour trouver refuge dans une penderie entrouverte, où elle se terra, ne s ’échappant de son réduit que pour satisfaire  quelques actes indispensables  à la vie quotidienne. Conscients de sa détresse, nous nous efforçâmes de lui réserver la jouissance exclusive de la chambre d ’amis  et de lui assurer  une paix absolue  pendant le temps que devait durer son séjour   parmi nous.

 

 Elle resta d ’abord  pendant une période qui nous a paru infiniment longue, silencieuse et invisible. Seules quelques traces discrètes trahirent son existence au gré d ’indices relevés en des endroits appropriés : nous étions rassurés sur ses signes vitaux. Nous lui avions offert sans espoir de retour une amitié inconditionnelle. Le savait-elle seulement ? Tout allait bien et rien ne paraissait désormais  devoir entraver sa réintégration vers une vie nouvelle. N ’était-ce pas là l ’essentiel ?

 

Bientôt l ’évidence de sa présence s ’affirma, imperceptiblement d ’abord, avant de prendre une  dimension nouvelle. Je surpris chez mon invitée quelques subtilités gestuelles  dont la raison ne tarda pas à se préciser, et  sur lesquelles je m ’appuyai pour conclure que les événements prenaient une tournure d ’autant plus inattendue qu ’on m ’avait assurée que la dame se trouvait stérile.

 

 La Belle Etrangère nous accorda l ’honneur de quelques apparitions, mais ces entrevues, strictement  limitées à la présentation des gamelles, se firent impérieuses. La rage de vivre s ’exprimait avec l ’énergie du désespoir…  Il ne me fut plus non plus possible d ’ignorer la persistance montrée par  notre invitée à vouloir prendre possesssion des cachettes les plus secrètes : les tiroirs de la commode s ’ouvrirent tout seuls, le lit fut à son tour investi de fond en combles.  Zelda qui tenta une ouverture inopinée fut vertement rudoyée. Toute tentative de rapprochement ne reçut en écho que de farouches réparties . Quelque chose se tramait subrepticement.Nous ne pouvions plus rien pour inverser un procesus entamé à notre insu. Il ne nous restait quà nous résoudre à laisser la nature suivre son cours.

 

 

Pillule

 

Un soir, alors que je me préparai à assurer le service de chambre, je fus accueillie par une virago qui se planta toutes griffes dehors devant moi. Elle jurait et crachait des avertissements dissuasifs à mon endroit. Et c ’est ainsi que j ’appris qu ’il étaient  là, les fruits de brefs instants de romance dont les lendemains prévisibles ne sont pas toujours assurés…

 

Je ne pus que m ’incliner et fermer précautionneusement la porte.

 

L ’ événement s ’est produit sans encombre, dans la plus grande discrétion, jeudi dans l ’après midi. La nouvelle mère se garde  d ’introniser ses touts petits au monde visible. Elle a dressé une épaisse muraille derrière laquelle elle se retranche. Je surprends de temps à autre des couinements vigoureux, et me conforte dans la certitude que la vie s ’organise harmonieusement  dans la tiédeur du couffin polaire que j ’ai disposé sous le lit en prévision de l ’ arrivée imminente.

 

 

J ’ignore encore quel est leur nombre, la couleur de leur pelage, leurs origines géographiques. La vie est un mystère dont il convient parfois de tempérer les hasards.

 

L ’ aventure m ’a fait l ’effet d ’une bombe.  Qu ’elle nous rappelle au bon sens.

 

 – Prévoyons l ’avenir de nos protégés,

 – Ecartons de leur chemin  l ’épreuve de grossesses non désirées ; résistonsà l ’envie de  laisser se reproduire ces charmantes boules de poils promises à une existence incertaine. Soyons responsables, veillons à les faire stériliser !

– N ’achetons pas, adoptons !

 

 

 

 

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