Véto « teigneux » pour chien rogneux


… Les démangeaisons devenant ingérables, nous sommes allés consulter la « dame en blanc » que nous avions au préalable contactée pour prendre rendez-vous, comme il se doit.  Nous avons traversé Paris, ce qui représente une longue heure de métro et nous sommes délestés d ’une bonne centaine d ’Euros. Quand on aime, on ne compte pas…

Mais aujourd ’hui, la dame en blanc s ’était vêtue de vert.  A mon grand désarroi,  la Dame de l ’Art et de la Manière semble, depuis quelque temps, avoir posé des jalons pour le décernement d ’un « Prix Citron ». Pas d ’erreur, pourtant

Il s ’agit toujours bien de cette même personne qui depuis vingt-cinq ans, a  connu, soigné et même endormi nos compagnons  :

– Nougat, notre amour de Bichon frisé tendre et blanc, qui veillait silencieusement sur le sommeil des enfants de la famille, et qui tapi sous leur chaise se portait complice pour faire disparaître les vilains légumes sous la table… Ce même Nougat pas plus grand qu ’une peluche qui avait donné l ’alerte, et qui, bravant le danger, s ’était proclamé ardent défenseur de la loi quand un cambrioleur s ’est introduit chez nous…emporté à l ’âge de dix-sept ans par un cancer des glandes surrénales,

-Typhon, notre beau chat gris ténébreux et réservé, capable d ’une infinie tendresse… endormi pour échapper aux douleurs d ’un mal incurable. Notre père ayant tardé à gagner le logis, nous allâmes à sa rencontre et le trouvâmes effondré sur le volant de sa voiture : Typhon venait de nous quitter. Ce fut la seule fois où je vis mon père pleurer…

– Belle, notre douce chatte tigrée qui considérait le monde de son oeil unique et  interrogateur . Accidentée de la vie, réfugiée chez nous…Belle a accompagné notre père, pendant les onze mois qu ’a duré cette maladie qui a fini par sonner le gong de son existence. Belle a longtemps cherché son Maître refusant de quitter le bout de lit sur lequel elle veillait depuis si longtemps, avant de témoigner une tendresse et une attention égales à sa Maîtresse ; jusqu ’au jour où son existence en demie teinte s ’est arrêtée, bien trop tôt, dans un souffle,  à la suite d ’une insidieuse « insuffisance rénale ».

J ’éprouve quant à moi beaucoup d ’appréhension à  confier les plus vulnérables de mes proches à des mains malhabiles, rudes, routinières, parfois sadiques, et sans âme. De l ’inquiétude parfois.. un profond respect pour la personne, et pour sa profession, toujours.

Nous étions  résolument restés fidèles à cette adresse : petite maison blanche, calme et proprette au fond d ’une coure qui n ’affichait aucun signe extérieur de richesse, et où l ’accueil bon enfant ne se targait d ’impressionner ni le néophyte ni sa charge…Nous en ressortions pleinement rassurés, revigorés comme nos compagnons qui rechignaient à voir venir le terme de la visite,  la formalité annuelle s ’étant avérée somme toute plutôt agréable, presque amicale. C ’était au temps où nous étions jeunes et beaux, où tout allait bien, où la clientèle n ’affluait pas encore…

Aujourd ’hui les observations que j ’avais au préalable couchées sur le papier, pour rentabiliser le Temps (le sien, en l ’occurence) n ’ont recueilli que persifflements, mes remarques des haussements d ’épaules à peine retenus, mes questions (stupides sans doute aucun) n ’ont obtenu que des réponses tronquées, hâtivement formulées ; vraisemblablement,  mon intelligence  limitée, comparée à celle de mon chien, n ’ayant sans doute pas été jugée capable de les recevoir.

Nous avons rapidement plié bagage, ne souhaitant pas faire imposition sur les obligations (certainement nombreuses, convenons-en) de l ’ex charmante dame, encore moins déterminés à subir des heures de transports pour un accueil devenu, à l ’égal de beaucoup d ’autres, aussi engageant que le guichet du percepteur et aussi chaleureux qu ’une cave à rats.

Les bras chargés de crèmes et de croquettes « hyppoallergenic », de cachets antibiotiques (tout cela délivrés à la hâte et sans sac – nous avions oublié…le sac à provision) nous avons tristement regagné le métro.

Essayer d ’appréhender ce qui peut troubler la vie de nos semblables, c ’est déjà le début de l’empathie, du respect et de l ’estime que nous devrions nous porter les uns aux autres, en ces périodes troublées et incertaines surtout. Malheureusement, les limites s ’atteignent quand cet art de vivre, en voie de disparition, ne semble ni recherché par l ’autre parti, ni réciproque, et qu ’on en arrive soi-même à douter de l ’influence que peuvent exercer nos seuls signes d ’apparence distinctives, sur la réactivité négative et presque latente de nos présumés semblables. C ’est alors qu ’on s ’éloigne…

A la lecture de  blogs vétérinaires, je constate avec  colère que bon nombre de ces professionnels qui paraissent psychotiques et déprimés palabrent sans fin sur la méchanceté, les vices, les manies, les apparences  et le ridicule des propriétaires d ’animaux dont ils forment un amalgame grossier. Les caricatures qu ’ils prennent pourtant le temps de croquer à la sauvette –  nul consultant humain n ’étant épargné… prédominent de loin sur leur passion prétendue pour les animaux. Et que penser du dicton  » qui n ’aime pas les hommes, n ’aime pas les animaux » ? On serait parfois même tentés d ’ imaginer inverser celui-ci  :
« Qui m ’aime, aime mon chien »  « qui aime mon chien, ne m ’aime pas » ?

Nous venons encore de tourner une page…Les temps ne sont décidément plus ce qu ’ils étaient, et  avons pris rendez vous ailleurs…Un chien avisé en vaut deux !

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